Newsletter

Inscription à notre newsletter

Pourquoi s’occuper des risques psychosociaux ?

Quand je dis à mes amis que je m’occupe de prévention des risques psychosociaux et plus généralement de bien-être au travail, j’ai droit à deux types de réactions selon qu’ils sont dirigeants ou salariés. Les premiers répriment un sourire de commisération pour ce qui n’est à leurs yeux que pansements pour assistés, alors que tous les seconds me disent que ce n’est pas le travail qui doit me manquer…
Les questionnements des dirigeants ne manquent pas : « Comment éviter ce problème alors qu’il trouve(rait) sa source dans la mondialisation et l’augmentation de la concurrence ? » ; « Pourquoi les employeurs doivent-ils y accorder du temps et de l’énergie quand tant d’autres sujets bien plus impérieux pour la survie de l’entreprise  réclament leur attention ? » ; « Le stress n’est-il pas qu’une excuse des représentants du personnel pour embêter l’employeur ? » ; « L’entreprise n’a pas vocation à traiter le stress causé par des facteurs individuels et privés » ; « Est-il possible de mesurer les risques psychosociaux ? Non, alors c’est vers un psy qu’il faut se tourner. » ; « Le travail est ce qu’il est, ceux qui ne sont pas contents peuvent toujours quitter l’entreprise » ; « Faut-il vraiment qu’un employeur s’occupe du bien-être de ses salariés ? »
Pourtant les chiffres sont là : 2/3 des salariés sont exposés à des facteurs de risques psychosociaux. Ces derniers sont ainsi la cause de la moitié des jours de travail perdus. Leur coût dépasse les trois points du PIB européen.
Bien sûr, à la façon française, on peut s’en occuper parce que c’est dans le code du travail et que les amendes, multipliées par dix, commencent à devenir convaincantes. Bien sûr, on peut s’en occuper parce que toutes ces absences finissent par désorganiser le travail, démotivant tout le monde par les répétitions auprès des intérimaires, et par épuiser ceux qui restent, les amenant à leur tour à des absences dont ils n’étaient pas coutumiers ; et le cercle infernal s’enclenche. Bien sûr, on peut s’en occuper pour avoir un sujet de discussion constructif avec les syndicats, qui, après tout, sont précisément nés sur le terreau des conditions de travail, ou pour éviter d’en avoir (des syndicats) dans l’entreprise.
Mais l’essentiel n’est pas là.
L’essentiel se trouve dans la place particulière que tient la sécurité dans les valeurs humaines. Maslow l’avait exprimé dans sa célèbre pyramide : la sécurité se trouve juste au-dessus des besoins physiologiques primaires. Et dans la symbolique engrainée dans notre cerveau archaïque, le chef est celui qui nourrit et qui protège. Et cela est valable du chef de l’état au chef de famille. Qu’une personne en position de « chef » manque à ces/ses devoirs sacrés d’assurer la nourriture – en termes d’entreprise, cela s’appelle le salaire – ou la sécurité (au travail, vis-à-vis des clients, des usagers, de la hiérarchie, des logiques absurdes, des injonctions contradictoires, etc.), et c’est sa légitimité qui s’en trouve affectée. A l’inverse, initier une démarche humble et sincère en concertation avec son personnel repositionne le dirigeant dans son rôle d’autorité et de celui qui donne la direction, le sens. Et le bien-être n’est jamais que la version que nos contemporains ont donné à la sécurité.

Véronique Pinet
Consultante en Management du Développement social et des Organisations, dirige le cabinet VPL Consulting