Coaching interculturelJean-Noël BruèreCoaching interculturel : entre découverte et défi

Coaching interculturel : entre découverte et défi

Pratiquer le coaching en milieu multiculturel, c’est un peu comme naviguer en haute mer. En effet, les eaux calmes précèdent souvent les tempêtes. De plus, les horizons sans fin cachent parfois des récifs que l’on ne voit pas venir.

Dans ce métier, chaque rencontre devient donc une leçon d’humilité. Chaque succès est aussi une victoire sur mes propres préjugés.

Je m’appelle Jean Noël Bruère. Ingénieur et coach, je suis né en métropole et je vis à La Réunion depuis quarante ans. C’est pourquoi je veux témoigner ici. Mon parcours montre bien, je crois, les multiples facettes de cet art à la fois riche et exigeant.

Un métier sans frontières

D’abord, l’interculturalité offre un formidable terrain d’échange. En effet, les différences de culture ne sont pas des obstacles. Au contraire, elles deviennent vite des occasions d’apprendre.

À La Réunion, par exemple, se croisent des influences africaines, malgaches, indiennes, chinoises et européennes. Cette diversité se vit donc au quotidien. Pourtant, les insulaires la nient très souvent. Et cependant, elle existe bel et bien.

Au début de ma carrière ici, je croyais maîtriser l’essentiel. Ainsi, parler le créole et connaître les traditions locales me semblait suffire. Toutefois, cette illusion s’est vite dissipée.

En fait, le vrai coaching interculturel exige bien plus qu’une simple initiation aux us et coutumes. Il demande au contraire de plonger dans les façons de penser, les valeurs et les codes de relation propres à chaque groupe.

Quand le terrain bouscule mes certitudes

Le choc des codes

Les difficultés surgissent souvent là où on ne les attend pas. Ainsi, un épisode reste gravé dans ma mémoire. J’accompagnais un cadre venu de métropole, tout juste arrivé sur l’île. Il était solide sur le plan technique, mais démuni sur le plan culturel.

Or, le malentendu est né d’un simple détail : le volume de la voix. Pour lui, parler fort voulait dire assurance et leadership. Ici, en revanche, cela passait pour de l’agressivité.

Ce choc aurait donc pu tourner au conflit ouvert. Heureusement, grâce à une médiation patiente, le dialogue a fini par s’établir. Ce jour-là, j’ai alors compris que mon rôle ressemble à celui d’un traducteur. En effet, je ne change pas les mentalités : je crée des ponts entre elles.

Le poids des non-dits

De même, mon travail avec une cliente d’origine chinoise montre un autre écueil : le poids du silence. En effet, elle tenait tant à l’harmonie qu’elle évitait toute confrontation. Ses silences en disaient long. Pourtant, pour un Occidental, les décoder n’allait pas de soi.

La solution ? D’abord, des questions ajustées au cordeau. Ensuite, une écoute attentive des nuances. Enfin, une reformulation constante.

Ces situations révèlent d’ailleurs un paradoxe : plus je crois connaître une culture, plus le risque de stéréotype grandit. C’est pourquoi le savoir culturel doit rester un outil, et non une grille de lecture figée. Sinon, le piège serait de réduire une personne à son origine, en oubliant ce qui la rend unique.

Les filtres invisibles

L’inconscient collectif

À La Réunion, comme dans beaucoup de sociétés plurielles, l’inconscient collectif prend un relief tout particulier. En effet, les récits de famille, les mémoires de l’histoire (celle de l’esclavage, notamment) et les traditions religieuses s’y mêlent. Ils créent ainsi une mosaïque unique.

Or, nous portons tous ces héritages sans toujours le savoir. Cette réalité impose donc une vigilance de tous les instants. Car mes propres repères culturels peuvent obscurcir mon regard au lieu de l’éclairer.

J’ai donc appris, et j’apprends encore, à repérer mes biais et à remettre en cause mes premières lectures. C’est un travail sur soi exigeant. Mais il reste indispensable pour éviter des contresens lourds de conséquences.

Le cadre de référence

Enfin, l’écueil le plus subtil tient peut-être au choc des cadres de référence. En effet, nous vivons tous dans des réalités parallèles. Ainsi, ce qui semble évident dans une culture devient obscur dans une autre. Par exemple, l’idée même de réussite, de respect ou d’efficacité varie beaucoup d’un groupe à l’autre.

L’écoute active devient alors une arme absolue. Il faut en effet entendre ce qui n’est pas dit : les hésitations, les silences (souvent éloquents), le langage du corps. Cette compétence s’acquiert certes avec l’expérience. Mais elle demande surtout une qualité clé : savoir suspendre son jugement.

Les réseaux : atout ou frein ?

Sur une île, les liens entre les gens sont très serrés. Or, ce tissu joue un double rôle. D’un côté, il facilite l’accès aux personnes. De l’autre, il complique parfois la neutralité du coach. En effet, les liens de famille, de communauté, d’association ou d’amitié pèsent forcément sur l’accompagnement.

Alors, que faire ? Il s’agit de trouver le juste milieu entre proximité et distance. Autrement dit, il faut composer avec ces réalités sans s’y soumettre. L’exercice est d’autant plus délicat que, dans certaines cultures, refuser un lien personnel peut passer pour du mépris.

Une aventure humaine aux multiples visages

Malgré toutes ces difficultés, le coaching interculturel offre des joies uniques. En effet, chaque client me renvoie à mes limites et à mes zones d’ombre. Cette pratique devient donc un formidable outil de croissance personnelle.

À La Réunion, comme ailleurs dans les lieux très métissés, cette dimension prend une couleur à part. Ainsi, nous jonglons avec les cultures comme avec des boules de feu. Mais quand l’équilibre s’installe, cela devient une danse d’une rare beauté.

Ce métier fait finalement de nous des « passeurs culturels ». Ni ethnologues, ni psychologues, ni simples consultants, nous construisons en effet un savoir hybride, à mi-chemin entre la théorie et l’intelligence des relations.

Après quarante ans de vie professionnelle sur cette île, dont près de vingt dans le coaching, je continue d’apprendre chaque jour. Peu de métiers offrent une telle richesse, n’est-ce pas ?

Bref, à condition d’en accepter les exigences, le coaching interculturel reste l’un des plus beaux voyages qui soient : un périple sans fin au cœur de la diversité humaine.

Jean Noël Bruère
Dirigeant de Coach Réunion Consulting

https://www.coach-reunion.com/

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